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24.03.2008

L'analyse de Bob....

2008 : année zéro du centrisme ?

" On y est. Les élections municipales et cantonales sont passées et l'heure du bilan a sonné pour la très désunie famille centriste. Un bilan lourd, qui ne nous laisse que peu de place tant les enjeux furent une nouvelle fois bipolaires.

Premier constat donc, les Français ont confirmé leur choix d'un système politique bipolarisé. La droite et la gauche se retrouve même dans une égalité presque parfaite avec, au 2nd tour, 49% des suffrages pour la gauche, 47% pour la droite et 2% pour le décidément inclassable MoDem. Pour savoir si le centrisme existe encore, il faut donc aussi tenir compte des résultats du 1er tour où la pluralité avait encore un peu sa place. Et là, on retrouve une partition quasi égale entre un MoDem aux alentours de 3.75% et des centristes de la majorité présidentielle à près de 3,70%.

Même si ces résultats nationaux ne signifient pas grand chose dans le cadre d’une élection locale ils sont riches de deux enseignements. La stratégie du « on est candidat partout » ne paie finalement pas plus que la stratégie du « on s’allie avec l’UMP partout ». Balle au centre. Deuxième enseignement, que le centre joue la carte de l’indépendance ou de l’alliance, qu’on le compte séparément ou qu’on le rassemble artificiellement, son socle électoral est devenu peau de chagrin. Paradoxalement, il n’existe qu’à la marge et semble condamné à n’être qu’une petite force très relative qu’elle soit d’appoint ou de nuisance.

Un rapide tour d'horizon permet de prendre conscience du désastre pour notre famille. Le centrisme ne fait plus recette et perd presque tous ses bastions. Toulouse, Amiens, Blois, Strasbourg, Rouen, Saint-Étienne, Metz, Périgueux, dont les maires incarnaient chacun à leur façon une pratique modérée et centriste de la gestion municipale, basculent à gauche. Dans les grandes villes, le centre n’existe pour ainsi dire plus.

Et la déroute n'est pas moins forte sur ses terres les plus fertiles.

A Angers par exemple, le maire socialiste est finalement réélu sans l'appui des forces politiques du centre qui soutenaient toutes de près ou de loin son challenger UMP (d'ailleurs issu de l'UDF). Dans le reste du Grand Ouest, rien de notable, la gauche modérée semble définitivement l'héritière de la démocratie chrétienne de jadis. A Lyon, même scénario. Entre l'inexistence du Nouveau Centre et les divisions tragi-comiques du MoDem, c'est finalement Collomb le socialiste qui incarne l'héritage politique modéré de la ville.

A Marseille, la candidature inutile de Bennhamias, qui n'a quitté son parti de la gauche plurielle que pour mieux tenter de la reconstruire au 2nd tour, ne parvient pas à faire battre Gaudin. Finalement, Gaudin reste la seule grande figure de l'ancienne UDF à conserver sa ville.

A Paris,  le centre paie au prix fort la stratégie prétentieuse et sectaire de Sarnez. Le MoDem n'aura qu'une élue au Conseil de Paris. Plus aucune mairie d'arrondissement. Il ne parvient même pas à faire battre Tibéri, ni aucun sortant de l'UMP. Marielle de Sarnez, qui aurait pourtant certainement excellé dans cet art, n'aura même pas le plaisir d'être une force de nuisance centrale. Quant au Nouveau Centre, bien que totalement transparent, il se dit en mesure de constituer un groupe de réfugiés au Conseil. A défaut d'exister véritablement dans les urnes, il permettra au centrisme de survivre techniquement, très loin des électeurs.

En fait, comme le disait à juste titre Morin aujourd'hui, le centre, qu'il soit du MoDem ou du NC, n'existe encore que grâce à ses alliances avec l'UMP. Arras, Drancy, Montrouge, Sceaux, Saint-Brieuc, Mont-de-Marsan, Vanves, Agen, Issy-les-Moulineaux... toutes ces villes restent ou deviennent centristes grâce à une stratégie d'alliance naturelle entre le centre et la droite. Et lorsqu'il s'agit de remporter seul une élection, il faut reconnaître que le Nouveau Centre fait mieux que le MoDem. Lui, au moins, a réussi à conserver dès le premier tour Annecy, malgré la déroute de Bosson aux législatives, la candidature concurrente d'un député UMP et une liste MoDem.

Côté MoDem, la satisfaction peut cependant venir, localement, des alliances du 1er tour avec le PS ou avec l'UMP. A Montpellier, Dijon, les conseillers municipaux d'opposition UDF d’hier, pourront sans difficulté devenir des adjoints au maire MoDem dans les jours à venir. A Bordeaux, ils continueront à jouer le rôle traditionnel de l'UDF, partenaire naturel de l'UMP... Et oui, les seules satisfactions locales du MoDem viendront de l'application d'une stratégie très exactement contraire à celle de leur parti. Celle d'un centre qui n'existe que comme force complémentaire à l'une des grandes formations politiques de gouvernement que sont le PS et l'UMP.

Au-delà du plaisir d'entendre Bayrou, sans peur du ridicule, reprocher à l'UMP de ne pas l'avoir soutenu à Pau, il est toujours fameux de voir une nouvelle fois deux de ses faux-amis le vouer aux gémonies. Cornillet et Arthuis, qui misaient l'un et l'autre sur les capacités du parti juridiquement héritier de l'UDF pour assurer leur réélection, qui aux européennes, qui aux sénatoriales, tapent comme des sourds sur le pauvre François. Désorganisé, chimérique, illisible, insaisissable, qu'ils disent. Et Morin de jouer inlassablement la carte du ramasse miettes en appelant les déçus du MoDem, qui l'appellent à rejoindre l'UDF, de rejoindre le NC…

Au milieu du concert des neuneus, signalons quand même deux belles victoires.

Celle du centriste de cœur Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay. Etant donné l'état de déliquescence du centrisme, cette implantation électorale brillamment réussie d'une jeune pousse de la politique non moins brillante nous laisse espérer que les valeurs du centre pourront retrouver à l'avenir une incarnation moderne et dépoussiérée.
Autre victoire presque passée inaperçue, celle de l'équipe du ministre le plus populaire du gouvernement : Jean-Louis Borloo. Alors que tant d'autres n'ont pas su gérer leur participation gouvernementale, Borloo ne cède pas de terrain dans sa ville de Valenciennes.

Si le centre se reconstruit, ce sera sans doute grâce à des hommes de cette trempe. Des hommes d'idées, bon gestionnaires, qui ont su cultiver une véritable relation de confiance avec les citoyens. Un profil très éloigné de l'élu centriste moyen. Celui qui depuis bientôt trente ans est surtout centriste car cela lui permet de se présenter à n'importe quelle élection y compris - et avant tout - contre son camp.

Bayrou aura tenté d'ériger cette pratique du chantage à l'étiquette en dogme systématique pour la transformer en socle électoral. Les électeurs n'y ont vu qu'une armée mexicaine, capable de s'allier ici avec des anciens millonnistes, là-bas avec des communistes bon teint. Place des Quinconces, avec un UMP pur-produit du système chiraquien par affinité gasco-béarnaise et Place de la Comédie, avec le théoricien du socialo-mégalo-clientélisme par amour des hérésies méridionales.

Notre famille, qui a su faire le choix de la Résistance, qui a largement contribué à la reconstruction du pays dans les années 50, qui a inventé patiemment et sans relâche une Europe politique, qui a libéré la société française de son carcan sociétal conservateur dans les années 70, qui a su réunir pendant des décennies parmi les plus belles mécaniques intellectuelles de la classe politique et parmi les plus intègres... Comment notre famille a-t-elle pu tomber si bas ?

Espérons que les centristes ont en ce printemps 2008 atteint le fond du gouffre. Mais aurons-nous les ressources nécessaires pour remonter à la surface ? Il est permis d'en douter."

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